Nantes, quartier de la création

Etude des "Séquences Colorées Nantaises", une méthode de relevé développée dans la thèse


* Equipe de recherche : Anne Petit + Laboratoire CRENAU

* Thématique/Type de mission : Etude des paysages nantais et de l'impact de la couleur en façade de l'architecture contemporaine.

* Lieu : Nantes (44)

* Date : 2011-2013

* Commande/financement : Thèse financée par le ministère de la Recherche.

 

Une étude au dessin des paysages urbains nantais transformés par la couleur en façade de l'architecture contemporaine.

Pour justifier du caractère émergent de la couleur en façade  de l'architecture contemporaine depuis les années 1990-2000, un premier travail d’observation de la couleur dans le paysage urbain a été effectué en début de thèse sur la métropole Nantaise. La caractérisation du phénomène à l’échelle de Nantes a permis la mise en place d’une méthode d’analyse graphique appelée la méthode des Séquences Colorées. « Séquences » parce qu’on y inclut le phénomène de l’observateur en mouvement et « colorées » pour illustrer une certaine liberté affirmée dans les choix chromatiques.

Le choix des zones urbaines a découlé d’abord de notre connaissance et expérience personnelle de la ville de Nantes. La méthode mise en place est issue d’une confrontation ordinaire à ces paysages, les espaces sont observés depuis une expérience piétonne ordinaire dans le centre-ville ou bien depuis des transports en commun. Nous avons observé des bâtiments colorés dans les zones périphériques. et dans la centralité urbaine, notamment dans le Quartier de la Création sur l’île de Nantes (ZAC Ile de Nantes), la nouvelle vitrine urbaine nantaise qui présente une hétérogénéité architecturale et chromatique en partie au service d’équipements culturels importants. Sur l’île de Nantes, un parcours a été tracé le long des nombreux bâtiments neufs et très colorés. Il tente de rassembler un maximum de bâtiments colorés le long d’un parcours cohérent entre la pointe ouest et la pointe est de l’île. De nombreuses autres zones auraient pu être sélectionnées, l’état du relevé ne cherche pas à être exhaustif. Les paysages des nouveaux quartiers changent rapidement.

Le relevé des tableaux urbains

Nous avons choisi de relever au dessin une cinquantaine de bâtiments différents composant des paysages chromatiques spécifiques ou des « tableaux urbains » nantais. Sans chercher l’exhaustivité, il s’agissait de constituer un corpus d’exemples mettant en évidence l’abondance des constructions contemporaines en couleurs, les oppositions et les correspondances chromatiques entre les différents bâtiments, les perspectives paysagères créées ou encore les effets de la couleur sur l’espace. L’emploi du dessin s’est imposé comme le langage graphique habituel des architectes. Ce recueil d’exemples constitue par conséquent un potentiel support de discussion avec ces professionnels.

Premier mode de relevé, les « tableaux urbains » sont des relevés des bâtiments colorés réalisés par la méthode classique du dessin d’architecture. Ces relevés constituent un début de carnet de « couleurs locales », un portrait « bigarré » à travers lequel la ville peut être identifiée. Les zones concernées par ces exemples entrent dans le cadre de larges projets d’urbanisme, et l’instantané du paysage qu’on a prélevé aujourd’hui est déjà rendu obsolète quelques semaines plus tard. Ces « tableaux urbains » évoluent donc rapidement. 

Les dessins se veulent analytiques et synthétiques et cherchent à intégrer la notion de paysage. Ils replacent les bâtiments dans leur contexte paysager selon un point de vue ordinaire depuis le cheminement piéton. Ils proposent une représentation reconnaissable des bâtiments tout en proposant une lecture subjective que l’auteur a faite du lieu. Le dessin est abordé ici dans une approche perspective de mise en situation urbaine, il intègre par exemple les détails urbains ou encore la végétation.

Cette approche se distingue de l’utilisation de photographies dans laquelle les couleurs apparaissent avec des degrés de prégnance différents selon les notions de contre-jour ou les paramètres de l’appareil. Ici, sur une base de croquis à l’encre noire, le choix du médium coloré varie en fonction des impressions ressenties in situ (légèreté de l’aquarelle et lourdeur du pastel gras). Le croquis interprète des sensations d’harmonie, ou de dysharmonie, de lourdeur, de légèreté, de chaleur, de froideur, de distance, de présence, de proéminence, d’accents colorés, de proportions. Selon le point de vue, le dessin permet d’atténuer une végétation mal placée, de choisir de ne pas représenter des panneaux de signalisation ou des véhicules gênant la vision, etc. Le croquis fait appel à l’imaginaire, instaure un décalage entre la réalité et la représentation, et invite à la projection mentale et personnelle de l’observateur. Enfin, la justification du dessin à la main passe par  la mobilisation et la démonstration des outils qui sont propres à l’architecte, au concepteur de l’espace et au coloriste. L’utilisation d’un langage graphique commun a également facilité le discours pendant les enquêtes auprès des acteurs du projet urbain.